Trois garçons

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de Jessica Schiefauer, traduit par Marianne Ségol-Samoy

Trois amies d’enfance, Kim, Monica (dite Momo) et Bella découvrent une fleur dont le nectar peut les transformer en garçon le temps d’une nuit. Elles, qui subissent sans cesse les regards impudiques sur leur corps changeant d’adolescentes, entrevoient enfin la liberté.

Un grand merci aux éditions Thierry Magnier et à Babélio pour cette découverte !

Quand je choisis de lire un livre sur le thème du genre et de sa place dans notre société, j’ai toujours l’espoir de rencontrer une allégorie, une leçon de vie, un mode d’emploi. Parce que j’ai tellement besoin de réponses face à l’absurde inégalité des sexes, parce que je me sens démunie. Et je suis toujours un peu déçue car il n’y a pas de mode d’emploi ou de recette miracle : ce sujet et tellement actuel qu’il reste encore sans réponse satisfaisante. 

Et c’est justement pour cela qu’il faut continuer d’y travailler, d’y penser, de tirer des fils, d’esquisser des possibilités. Et c’est ce que Jessica Schiefauer fait ici.

Au début de cette lecture, on est un peu désarçonné. Peut-être à cause de la traduction suédois/français qui rend les dialogues étranges à l’oreille ou par la direction que prend l’autrice : son récit ne ressemble pas à n’importe quel récit young adult, il a une dimension un peu plus mature, plus suspendue, plus brutale aussi.

J’ai été déstabilisée par la façon dont les filles s’emparent de la liberté d’être garçon. Elle se fondent dans le moule, jouent le jeu des garçons qui les dégoûte tant. Si ce roman avait été une allégorie, un mode d’emploi, les filles devenues garçons se seraient changer en super-héros, défendant les femmes, éduquant les hommes. Mais je comprends maintenant qu’un tel roman serait irréaliste, naïf et plat ! Que la forme choisie par J. Schiefauer pose plus de questions, soulève plus de problèmes et, in fine, sera plus utile aux réflexions sur les relations entre les genres.

Il en va de même avec le personnage de Tony qui était, à mes yeux, l’archétype du délinquant viril. Ce n’est que vers le troisième tiers que j’ai compris : Tony n’est pas la représentation de l’Homme dans ce roman. L’autrice ne nous dit pas que tous les hommes sont comme lui (tête brûlée, violent, indifférent à l’extrême), elle nous raconte l’histoire d’une fille qui se prend de fascination pour cet homme en particulier, ici, l’intrigue autour du changement de genre n’a presque aucun rapport. Et on peut déceler cela grâce aux personnages secondaires qui, bien qu’effacés dans l’intrigue, sont travaillés et cruciaux : ils contrebalancent les réactions radicales et excessives de Kim et Tony (spoil : non, toutes les filles n’échangeraient pas leur corps pour celui d’un homme, non tous les hommes ne sont pas des meneurs amoureux du danger ). Alors oui, malgré cela, l’autrice ne dresse pas un portrait très positif des hommes et, par dessus cela, elle engendre un personnage féminin qui veut leur ressembler. Je comprend que cela puisse gêner ou mettre en colère mais, personnellement, je trouve que cela met en exergue une contradiction réelle et centrale dans notre société.

Si le sujet vous intéresse, je vous conseille donc cette lecture, rapide et profonde !

Marion

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