Le livre du lundi: What-the-Dickens

IMG_20140709_092709

de Gregory Maguire

Lors d’une tempête cataclysmique Dinah, Zeke et bébé Rebbecca-Ruth, à défaut de pouvoir regarder la télévision, manger ou même dormir, écoutent l’histoire farfelue de leur cousin Gage. Ce dernier leur raconte les aventures de What-The-Dickens, un skibberee orphelin, qui ne sait pas d’où il vient ni qui il est ou encore ce qu’il doit faire dans ce monde.

Maguire est connu pour revisiter les histoires classiques sous un angle très personnel. Beaucoup connaissent sa version de la sympathique Méchante Sorcière de l’Ouest dans Wicked (que cela soit parce qu’ils ont lu le livre ou vu la pièce de Broadway). Ici l’auteur s’attaque à la Fée des Dents qu’il imagine non pas comme une unique entité magique capable, en utilisant le même procédé que le Père Noël, de ramasser toutes les dents de lait cachées sous les oreillers du monde entier en une nuit, mais en une race de petits êtres disciplinés et très organisés malgré leurs désastreuses lacunes en maths.

Le mythe de la Fée des Dents n’est pas vraiment connu en France, nous avons la Petite Souris pour récolter nos dents de lait, alors c’est peut-être pour cela que le livre n’a pas été édité chez nous (sans parlé du titre intraduisible!) mais si lire en anglais ne vous fait pas peur, ce livre est une promenade agréable à travers un univers insolite joliment dépeint par le style léger et poétique de Maguire.

Car si je ne me suis attachée à aucun personnage en particulier ni ne suis ressortie de cette lecture en ayant l’impression d’avoir découvert un des secrets du monde, j’ai adoré la plume.

Fluide et imagée, subtile et parfois drôle. On dirait que ces mots sont des rêves d’enfants formulés avec un esprit adulte. Cela crée quelque chose d’un peu sombre dans ces pages malgré le fait que cela soit un récit pour la jeunesse. Un défaitisme qui teinte les pensées juvéniles par trop de maturité, de solitude, de réalité. Mais je pense que c’est ce qui rend la lecture de What-The-Dickens agréable à tout âge. Et heureusement il y a aussi de l’espoir « Not as visions, not as truth : as possibilities » comme dirait Dinah, non pas aussi clairement qu’une image, non pas comme une vérité tangible mais comme des possibilités. Ce qui est magnifique.

Et je pense que le tout est exacerbé par la mise en abîme de la narration. La multiplication des points de vue élèvent le récit d’un simple conte à une réflexion sur « Qu’est-ce qu’écrire une histoire ? », « Raconter une histoire, qu’est-ce que c’est ? ». Est-ce que l’histoire appartient au narrateur ? À celui qui écoute/lit ? Est-ce qu’en racontant l’histoire on la confie à celui qui écoute/lit, faisant perdurer l’espoir ? Étendant le champs des possibilités ? Il y a mille façons de raconter une histoire et mille imaginations pour la recevoir, une infinité de merveilles.

Alors c’est vrai, What-The-Dickens n’a peut-être pas fait tressaillir mon cœur mais il a mis mon cerveau en ébullition et pour cela, merci !

Marion

Article initialement publié le Lundi 21 juillet 2014

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s